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L'Institut de Paléontologie Humaine à l'exposition internationale de Yeosu 2012

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Pour des côtes et des océans vivants : l’avenir des écosystèmes marins est au cœur de l’Exposition internationale 2012 qui a ouvert ses portes samedi 12 Mai à Yeosu, en Corée du Sud.

Le 3 juin dernier, à l’occasion de la Journée Nationale de Monaco, Son Altesse Sérénissime Le Prince Albert II de Monaco a inauguré le pavillon de Monaco à l’exposition internationale de Yeosu, en Corée du Sud.

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la délégation monégasque - Journée Nationale de Monaco à Yeosu, le 3 juin 2012
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SAS Le Prince Albert II de Monaco et la délégation franco-coréenne de l’Institut de Palénotologie Humaine à Yeosu
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L’entrée du pavillon du Palais de Monaco

La principauté de Monaco, siège des prestigieux musée et institut océanographiques, présente les dangers menaçant la Méditerranée et sa biodiversité. L’Institut de Paléontologie Humaine, créé par Le Prince Albert Ier de Monaco en 1910, est également une émanation de la principauté. Cette fondation scientifique est entièrement dédiée à l’évolution de l’homme et aux variations climatiques durant l’ère Quaternaire (soit depuis 2, 6 millions d’années). C’est donc la thématique des grottes littorales, qui ont été occupées par l’homme préhistorique et ont enregistrées les variations des niveaux marins, qui est présentée au sein du Pavillon Monégasque par l’Institut de Paléontologie Humaine.

Le site monégasque de l’exposition : http://expo2012monaco.com/#

Pour en savoir plus :

Dès la fin du XIXe siècle, le Prince Albert Ier de Monaco s’est investi sur le terrain dans des sites littoraux comme celui de la grotte du Prince dont il a initié les fouilles en suivant une méthodologie particulièrement élaborée et dont l’étude a jeté les bases de la paléo-climatologie.

Plus récemment, le travail des chercheurs rattachés à l’Institut de Paléontologie Humaine sur les sites méditerranéens tels que la grotte du Vallonnet (Roquebrune-Cap-Martin) ou le site de Terra Amata (2 volumes : cadre géographique, historique... et palynologie, anthracologie, faune... )et la grotte du Lazaret (Nice) s’inscrit dans cette continuité et permet de mieux comprendre la dynamique des variations climatiques depuis 1,4 million d’années.

Enfin, l’Institut de Paléontologie Humaine a coordonné, pendant ces 7 dernières années, un programme de recherche sur le Paléolithique ancien de la Corée du Sud, en coopération franco-coréenne, avec le soutien du Ministère français des affaires étrangères et du Ministère coréen de la science et de la technologie. Les résultats de ce travail conjoint ont été publiés dans un livre monographique : Les industries du Paléolithique ancien de la Corée du Sud dans leur contexte stratigraphique et paléoécologique. Leur place parmi les cultures du Paléolithique ancien en Eurasie et en Afrique. 2011. Sous la direction de Henry de Lumley, Yung-Jo Lee, Young-Chul Park et Kidong Bae. de 631 pages, paru en mai 2011, chez CNRS Editions en français, en anglais et en coréen.

Dès la fin du XIXe siècle : les fouilles du Prince Albert Ier de Monaco C’est à partir de 1895 que le Prince Albert Ier de Monaco entreprend des fouilles dans plusieurs grottes situées au bord de la Méditerranée, au pied de la falaise des Baoussé-Roussé près des villes de Menton et de Vintimille, aujourd’hui en Ligurie. Parmi celles-ci, la grotte dite du Pont romain, rebaptisée grotte du Prince, était inexplorée. Les fouilles minutieuses que le Prince y conduisit ont permis de mettre en évidence la longue durée des temps quaternaires ainsi que l’évolution des climats. Ainsi la stratigraphie de la grotte du Prince constitue un témoignage des plus spectaculaires de cette dynamique des changements climatiques impliquant une grande amplitude dans la variation du niveau marin. Dans la continuité de l’œuvre du Prince Albert Ier de Monaco, les chercheurs de l’Institut de Paléontologie Humaine ont continué à investiguer les grottes littorales, notamment dans le sud-est de la France.

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Grotte du Prince en ligurie

Les rives septentrionales de la Méditerranée de 1,4 million d’années à 130 000 ans

Les grottes du littoral méditerranéen sont un lieu de prédilection pour l’étude des variations climatiques quaternaires et notamment celles du niveau marin. Les dépôts apportent la preuve de cette dynamique et nous permettent de la suivre avec précision.

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Grotte du Vallonet

La grotte du Vallonnet, s’ouvrant à 110m d’altitude, est creusée dans le massif calcaire qui surplombe le Cap-Martin près de Menton. Elle a enregistré dans son remplissage les indices des variations du climat entre 1,4 million d’années et 900 000 ans. Un plancher stalagmitique se forme en effet à 1,4 million d’années dans un contexte où le climat est tempéré, légèrement humide, et le paysage est couvert de platanes, de charmes et de chênes. 300 000 ans plus tard, à 1,1 million d’années, le climat s’est réchauffé et le niveau de la mer est nettement remonté. De ce fait et à cause de la surrection alpine, la grotte du Vallonnet est devenue littorale peuplée d’organismes marins dont certains à caractère tropical ou sub-tropical tel que le Diodon (ou poisson-globe). Le phoque moine est alors le seul mammifère peuplant la grotte dont les rochers deviennent polis par la mer et creusés par les mollusques lithodomes. Vers 900 000 ans, le couvert forestier se développe indiquant un réchauffement climatique comme en témoignent les nombreux pollens d’arbre, piégés dans la nouvelle stalagmite en formation. A cette époque, les hommes préhistoriques ont occupé la grotte y laissant de nombreux ossements d’animaux et des artefacts lithiques. Ainsi la grotte du Vallonnet compte parmi les plus anciens gisements préhistoriques d’Europe.

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Terra Amata

L’étude des dépôts archéologiques du site de Terra Amata permet de les diviser en deux ensembles stratigraphiques correspondant à deux périodes climatiques très différentes. A la base, une plage marine (C1a) datant d’environ 400 000 ans, qui témoigne d’un niveau élevé de la mer Méditerranée (transgression marine) et d’une période tempérée plus chaude que l’actuelle comme en témoigne la présence de l’huître avec Gryphae cucullata, actuellement restreinte aux mers chaudes de l’océan Indien. Parmi les vestiges qu’ils ont laissés, des foyers aménagés ont été découverts. Datant de 400 000 ans, ils témoignent, pour la première fois, de la domestication du feu par l’homme. Cette nouvelle ressource énergétique constitue alors un véritable moteur de développement morphologique, culturel et technologique.

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Grotte du Lazaret

Dans la grotte du Lazaret à Nice, s’ouvrant aujourd’hui à 26 m au-dessus de la mer, ce sont 70 000 ans de l’histoire de l’homme et des climats qui sont enregistrés. En effet, les chasseurs qui occupaient épisodiquement la grotte, en transportant des algues marines et des mattes de Posidonies, ont introduit divers organismes marins dont des littorines qui nous renseignent sur la température de l’eau. Les analyses géochimiques des isotopes de l’oxygène effectuées sur ces coquilles marines nous indiquent précisément ces variations qui concordent avec les oscillations climatiques établies sur les faunes continentales. Vers 200 000 ans, la mer bat à l’intérieur de la cavité et y dépose une plage marine. A cette époque, attribuée au stade isotopique 7, le climat est tempéré, la mer est un peu plus chaude et son niveau plus haut qu’actuellement. Progressivement, la glaciation du stade isotopique 6 se met en place entrainant l’abaissement du niveau marin d’environ 110 m. Avec la surrection des Alpes, la grotte se trouve alors à 140 m d’altitude. Au sein de la glaciation, une alternance de périodes froides et tempérées a été mise en évidence grâce à une investigation pluridisciplinaire. Dans les niveaux tempérés, le sédiment est fin et argileux et la faune qui est mise au jour est composée d’espèces de forêts tempérées (cerf, chevreuil, aurochs, éléphant antique). Dans les niveaux les plus froids, les cailloux et les blocs sont nombreux dans le sédiment qui livre des vestiges de cerf et de bouquetin mais aussi de chamois, cheval, bison, renne et rhinocéros laineux. Etaient également présents des oiseaux tels que le harfang des neiges et le tétras lyre, autant d’animaux adaptés à un climat froid.

Les sites littoraux de Corée du Sud

A ce jour, en Corée du Sud, plus d’une centaine de sites sont attribuables au Paléolithique ancien. A l’occasion de la recherche menée en collaboration franco-coréenne, à l’initiative de l’Institut de Paléontologie Humaine, la moitié de ces sites ont été examinés, correspondant à 48 sites en plein air et 7 sites en grotte. L’ensemble du matériel a pu être comparé aux assemblages du Paléolithique ancien d’Afrique, d’Asie et d’Europe et les résultats de cette recherche ont été publiés dans un livre monographique, paru en mai 2011, chez CNRS Editions. Les gisements préhistoriques découverts en Corée du Sud se trouvent essentiellement en plein air. La faible proportion de sites en grotte s’explique par le développement très limité des réseaux karstiques, situés principalement au centre du pays. Malheureusement, dans tous les sites de plein air, les niveaux à industries du Paléolithique ancien étant situés au sein de sédiments détritiques silicatés, la faune n’a pas été conservée.

Conclusion

A la suite des fouilles du Prince Albert Ier de Monaco dans la grotte du Prince, l’étude des remplissages des grottes littorales, en France et en Corée du Sud, permet de mettre en évidence les variations de la mer au cours du Quaternaire avec une alternance de périodes chaudes (mer transgressive) d’une durée moyenne de 20 000 ans et de périodes froides (mer régressive), d’environ 80 000 ans, au cours desquelles le niveau marin pouvait s’abaisser jusqu’à -120 m.

Ces travaux, actuellement poursuivis par les chercheurs de l’Institut de Paléontologie Humaine dans le monde et, en Corée, en étroite collaboration avec les scientifiques coréens, ont permis de préciser les variations des côtes littorales en relation avec la dynamique des climats, d’appréhender la gestion humaine des ressources marines et littorales et de suivre l’adaptation de l’homme aux variations climatiques depuis plus d’un million d’années.


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