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Résultats d'une enquête pluridisciplinaire autour du rhinocéros laineux de l'IPH

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Le rhino de Monsieur Reynaud un an après


Le spécimen, offert à l’Institut de Paléontologie Humaine par un collectionneur, monsieur Gérard Reynaud, qui l’avait acquis à la première vente Histoire naturelle chez Sotheby’s en octobre 2010, se présente sous la forme d’un squelette monté de rhinocéros fossile. Il est complet, ce qui est rare dans les collections paléontologiques.

Depuis qu’il est rentré dans les collections de l’Institut de Paléontologie Humaine, ce spécimen exceptionnel fait l’objet d’une étude pluridisciplinaire en collaboration avec le Muséum national d’Histoire naturelle, le C2RMF du Musée du Louvre et l’Université de Tubingen, afin de préciser : 1- son attribution taxinomique, 2- son sexe et son âge individuel, 3- son attribution chronologique et son régime alimentaire.

1- attribution taxinomique

Une étude morphologique et ostéométrique, réalisée avec le concours de Claude Guérin (Université de Lyon 1), paléontologue spécialiste des rhinocéros, et les paléontologues Marylène Patou-Mathis, Carole Vercoutère et Laurent Crépin (Muséum national d’Histoire naturelle) a permis de confirmer l’appartenance de ce squelette à l’espèce Coelodonta antiquitatis (Blumenbach, 1799) ou à ses synonymes qui sont Rhinoceros lenensis (Pallas 1773) et Rhinoceros tichorhinus (Cuvier 1812). C’est le rhinocéros laineux, connu en Europe et en en Asie du nord à partir de la fin du Pléistocène moyen, qui disparaît à la fin de la dernière glaciation, lors de la grande extinction qui s’est produite entre 13 000 et 10 000 BP.

2- âge et sexe

Il s’agit probablement d’une femelle étant donné la relative petite taille de l’individu et, à l’inverse, la grande dimension de sa corne nasale. Cette dernière est exceptionnellement conservée et confirme que le squelette provient certainement de Sibérie nord-orientale, région d’origine de la plupart sinon de la totalité des cornes actuellement connues.

La corne nasale, constituée de fibres de kératine parallèles à l’axe longitudinal noyées dans une matrice de kératine amorphe, présente un aspect général fibreux et une alternance de bandes transversales claires et sombres dues à une variation saisonnière du régime alimentaire. Les bandes claires plus denses, moins riches en carbone 13 et en azote 15 que les bandes sombres, se sont formées respectivement en hiver et en été. Sur le spécimen de l’IPH, 25 bandes claires et 24 bandes sombres ont été dénombrées, ce qui confère à cet individu un âge de 30 ans environ.

3- âge chronologique et régime alimentaire

Des micro-prélèvements ont été effectués sur la corne nasale afin d’effectuer une datation au carbone 14. L’analyse a été réalisée par Pascale Richardin et Nathalie Gandolfo du C2RMF (laboratoire des musées de France au Louvre) qui ont mis au point un protocole spécial adapté à la kératine. Les datations obtenues, entre 14 000 et 16 000 BP, font de ce spécimen un des derniers représentants de l’espèce. D’autres micro-prélèvements (quelques milligrammes d’os prélevés à l’aide d’une pointe diamantée sur les principaux os longs et 3 vertèbres), réalisés par Dorothée Drucker de l’Université de Tübingen en Allemagne, ont permis d’analyser les proportions de l’azote et du carbone contenus dans les ossements et qui correspondent aux fibres de collagène dont le taux de conservation s’est révélé nettement satisfaisant. Les analyses isotopiques de l’azote 15 et du carbone 13 révèlent le régime alimentaire de l’individu ayant fourni la corne. Les résultats montrent que ce spécimen avait un régime alimentaire composé de plus de feuilles et de moins d’herbes sèches que les rhinocéros du Pléistocène de Sibérie et que le mammouth dont il partage le biotope steppique. Ce résultat est à mettre en relation avec les zones plus humides et feuillues qui se sont développées à la fin du Pléistocène au détriment de la steppe-toundra aride dite « steppe à mammouth ».

Éthologie du rhinocéros laineux

Le rhinocéros laineux est une des rares espèces grégaire de rhinocéros quaternaires et actuels. Il vivait à la manière de l’actuel rhinocéros « blanc » d’Afrique, espèce avec laquelle il présente d’ailleurs beaucoup de convergences et d’analogies tant anatomiques qu’écologiques et éthologiques. Rappelons que ce dernier constitue des groupes de 4 à 12 individus comprenant un mâle dominant, plusieurs femelles adultes et des juvéniles à différents stades de croissance.

Diffusion des résultats de la recherche

Un an après son acquisition, l’Institut de Paléontologie Humaine souhaite communiquer au plus grand nombre les premiers résultats de cette recherche. Dans ce but, une conférence, animée par les chercheurs impliqués dans ce programme, est organisée lundi 17 octobre à partir de 18h30 suivie d’une lecture de textes tirés d’une littérature variée par le comédien Jacques Weber et rythmée d’intermèdes musicaux par le hautboïste Laurent Hacquard (avec un intermède au cours duquel le public pourra aller voir le spécimen installé dans la bibliothèque de l’Institut). Le mercredi qui suit, 2 ateliers pédagogiques (à 14h et 16h) seront organisés à destination des 8-12 ans sur le thème des animaux quaternaires, de leurs relations avec l’homme, des variations climatiques et de l’extinction de certaines espèces.

Ces manifestations sont ouvertes à tous et gratuites. Elles sont inscrites et financées par le programme Science sur Seine 2011 de la Ville de Paris.

Publications à venir

Les résultats de cette investigation scientifique feront l’objet d’une publication monographique dans la revue L’anthropologie, de renommée internationale. Ils seront aussi déclinés sous la forme d’articles de vulgarisation.


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